Plurigestion - Gestion De Fortune

Stratégie d’investissement – juin 2018

Macroéconomie

L’Infernal T … rio

Au cours des prochains mois, les investisseurs devront surveiller attentivement les trois points suivants : Trump, les ¨Tariffs¨ et les ¨Technos¨.

Trump. Le président américain est assiégé sur trois fronts : la politique, l’économie et la défense. Des développements importants devraient bientôt se produire sur l’enquête de Mueller, sur le commerce et potentiellement avec la Corée du Nord et le Moyen-Orient. Si les Démocrates devaient être en tête dans les sondages cet été – ou même gagner les élections législatives d’automne prochain – un sévère tumulte s’ensuivra.

Les ¨Tariffs¨. La température globale a baissé ces derniers temps. Un accord ALENA revisité semble possible. Une nouvelle version commerciale entre États-Unis et Corée du Sud devrait aussi être confirmée de façon opportuniste juste après les pourparlers Kim-Donald. La Chine envisage des concessions, notamment en ouvrant des segments de ses marchés (services financiers, automobiles, etc.). Le but est double. Tout d’abord, s’engager progressivement avec la nouvelle équipe – assez hétérogène – des représentants américains récemment nommés, afin de jauger ses demandes réelles ! Deuxièmement, gagner du temps avant la publication très importante, fin mai, des restrictions du Département du Trésor américain sur les investissements chinois.

Entreprises ¨Techno¨. Le vent a tourné pour les mastodontes américains suite aux dérapages de Facebook. Les décideurs envisagent différentes mesures « castratrices » : la réglementation antitrust, la fiscalité et la protection des données privées. L’ensemble du modèle économique de monétisation des données privées fait l’objet d’attaques concomitantes. L’Europe pourrait trouver un moyen pratique de jouer le rôle de régulateur en chef, résistant ainsi à la pression américaine. Les élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre prochain sont cruciales

 

Collisions inévitables

Aux États-Unis, le cycle des dépenses d’investissement ne décollera probablement pas, malgré la nouvelle donne budgétaire – favorable – votée au premier trimestre. La confiance est également absente, à cause des discussions sur les tarifs douaniers. Les grandes entreprises cotées donnent la priorité à l’ingénierie financière et non aux investissements. L’augmentation de la productivité ne sera pas significative, ce qui constitue un pilier fondamental d’une expansion durable. Le cycle américain pourrait ne pas être prolongé par l’effet multiplicateur vertueux. Le commerce mondial sera confronté à de sérieux vents contraires à court terme. Les États-Unis sont de plus en plus enclins à attaquer les pratiques commerciales et d’investissement discriminatoires de la Chine. Washington imposera probablement des restrictions sur les investissements de la Chine (dans la technologie) aux États-Unis. On pourrait interdire aux SOEs chinois d’acheter des actifs américains en vertu de la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques internationaux d’urgence, qui sert régulièrement à geler les capitaux des organisations terroristes. Sans aucun doute, ce serait une décision hautement corrosive / désagréable. La sécurité nationale pourrait aussi être invoquée grâce à un projet de loi du Sénat (appelé FIRRMA) pour contrôler / calibrer les investissements privés innovants aux États-Unis et à l’étranger par des entreprises nationales.

La discipline politique, permettant d’ajuster simultanément dépenses publiques et relance fiscale n’existe plus depuis l’ère Clinton. Par conséquent, le ratio de la dette sur PIB a continué de se détériorer au cours des dernières années. La Fed sera confrontée à des risques croissants de surchauffe à court terme et de hausse des déficits jumeaux. Un déficit budgétaire fédéral de 5%, en période de prospérité, est en effet sans précédent. Sous l’action conjointe d’une hausse de la charge de la dette, de l’augmentation des dépenses de santé et de sécurité sociale, il pourrait devenir incontrôlable au cours des prochaines décennies. Cela aurait un impact considérable sur la future politique monétaire. Dans ce scénario, un bras de fer entre la domination monétaire et budgétaire se déroulerait, ouvrant la voie à une crise de confiance mondiale. L’emprise de la politique budgétaire marquerait un cercle vicieux de crise de monétisation-inflationdévaluation, à la Nixon (suspension unilatérale de la convertibilité de l’USD en or en 1971). Mais les récentes nominations à la Fed (Powell, Clarida, Williams) vont heureusement empêcher ce scénario désastreux. Quoi qu’il en soit, la solvabilité n’est pas le problème ultime, car les banques centrales peuvent techniquement créer autant d’argent que nécessaire pour le résoudre.

 

Les grands plans d’infrastructure se font attendre

La richesse financière des États et des villes va encore se dégrader, à la suite de la réforme fiscale de 2018. Le processus tant attendu de partenariat privé-public ne décollera pas à court terme, le secteur privé restant toujours prudent
au vu de l’opacité de la politique intérieure américaine …

On se méfiera d’une indigestion possible des investisseurs après plusieurs mois de tensions mondiales

La guerre commerciale et les batailles liées à l’investissement viennent à peine de commencer

Une collision entre politique fiscale et monétaire aura lieu, lorsque les mesures de relance s’affaibliront et que le resserrement culminera (en 2019 ?)

La Fed américaine sera probablement de plus en plus sollicitée, comme ultime garant de l’orthodoxie américaine

 

Choc inflationniste ? Non !

Les taux obligataires américains et les prix du pétrole ont évolué en parfaite concordance ces trois dernières années. Les deux ont grimpé ces derniers temps, faisant craindre que le monde ne connaisse un « remake » des chocs pétroliers inflationnistes. Cela semble irréaliste, car les hausses du prix du pétrole n’ont qu’un impact temporaire sur les indices de prix. Ils ont plutôt un impact déflationniste sur les économies, en atténuant la consommation (sorte de taxe sur les ménages).

Une certaine accélération de l’inflation aura lieu aux ÉtatsUnis, sans doute exacerbée par le pétrole, ces prochains trimestres. Cela ne fera pas déraper la Fed de son objectif de long terme ¨d’environ 2%¨. En fait, les marchés obligataires n’ont pas validé l’hypothèse d’un dérapage inflationniste. À cet égard, la dernière augmentation ultramédiatisée des taux gouvernementaux américain à long terme – à plus de 3% – est plus psychologique que pratique.

Les chiffres de l’inflation les plus récents en Europe, Asie et dans les pays émergents restent plutôt calmes, voire décevants. Le dynamisme de l’économie et du marché du travail allemands, qui a alimenté d’importantes augmentations de salaires au dernier trimestre, ne se traduit pas par une hausse des prix. L’inflation en Chine a calé. Une décélération visible de la croissance du crédit est en cours. La dernière amélioration de la qualité des actifs bancaires donne aux décideurs une marge de manœuvre pour devenir progressivement plus accommodants, d’où la dernière réduction des réserves obligatoires des banques. La forte et inquiétante hausse du PPI en 2017 (jusqu’à 8% en glissement annuel) est clairement terminée, avec un rythme très modéré autour de 3% maintenant. Les prix en Chine devraient continuer à progresser entre 1,5 et 3%.

Un changement du régime d’inflation n’est pas à l’ordre du jour, malgré les pressions cycliques aux États-Unis Les derniers indices des prix allemands – à 1,6% – ont
surpris à la baisse

 

 

Stratégie

D’autres signes d’un changement de régime d’investissement ?

La résurgence de la volatilité est maintenant bien intégrée par les marchés boursiers. Ainsi que l’environnement moins favorable aux liquidités, résultant essentiellement du double impact de la forte dynamique économique et de la contraction du bilan de la Fed. Une phase de consolidation bienvenue est en cours, après l’euphorie de janvier dernier. Les autres classes d’actifs sont restées plutôt calmes.

Une contagion de la volatilité des actions vers les obligations et les devises n’a pas encore eu lieu. Le paysage dominant des 10 dernières années, où les obligations et les actions étaient bloquées dans un régime stable, a généré d’énormes entrées de capitaux dans des stratégies systématiques comme la « parité des risques », mais aussi dans des investissements de « momentum ». Fondamentalement, ces stratégies prospèrent, tant que a) la volatilité ne monte pas et b) les corrélations restent stables. Ces deux conditions préalables semblent plus fragiles et moins probables de nos jours.

Toute hausse significative de la volatilité obligataire entraînerait des sorties massives de ces stratégies et des dommages collatéraux significatifs sur les marchés financiers, probablement de même ampleur qu’au premier trimestre… De même, une hausse trop rapide du dollar, déclenchant une contraction de la liquidité globale à investir, aurait le même impact, en commençant par les actifs émergents.

Il reste des capitaux colossaux investis dans les actifs « Momentum ». Le dénouement de ces opérations de portage pourrait entraîner un choc de volatilité débordant sur d’autres classes d’actifs (que les actions)

Les actifs de rareté, y compris l’énergie et les métaux précieux resteront décorrélés et à l’abri des corrections en cas de
confrontations sérieuses (commerciales et militaires)

Surpondération

  • Liquidité

Neutre

  • Obligations
  • Investissement alternatifs

Sous-pondération

  • Actions

 

Devises

La fermeté de l’USD est plus qu’un soubresaut, les facteurs techniques et le positionnement soutiennent cette idée

L’USD, pondéré par les échanges, vient de franchir, pour la 1ère fois depuis mai 2017, sa moyenne mobile des 200 jours, indiquant un changement potentiel de tendance. Les importantes positions vendeuses sur l’USD (comme sur les obligations américaines longues) traduisent un grand potentiel de retournement forcé. La position vendeuse sur les bons du Trésor US a atteint un niveau record, ce qui ouvre la perspective de couvertures simultanées. Le FOMC a, comme attendu, laissé ses taux inchangés et a reconnu des progrès dans l’atteinte de l’objectif de 2% d’inflation. Dans sa déclaration, la Fed a réaffirmé qu’elle continuera à resserrer « progressivement » sa politique monétaire. Les responsables s’attendent à ce que l’inflation se rapproche de l’objectif symétrique des 2% à moyen terme – signe d’un potentiel léger dépassement. Ce n’est pas une grosse surprise, les PCE global et de base étant déjà proches de ce niveau. Ce sont les raisons pour lesquelles nous considérons que le ton de la Fed devient moins restrictif.

L’EURUSD est finalement sorti de son canal horizontal de 2018. Nous envisageons une poursuite de ce mouvement. Les données de la zone euro ont continué à se détériorer et la BCE a reconnu qu’une sortie beaucoup plus progressive serait plus appropriée. Le marché (consensus) anticipe toujours un euro plus fort même si cela freine la croissance.

La BoJ a maintenu sa politique monétaire inchangée comme prévu. Elle a revu à la baisse ses prévisions d’inflation et, plus intéressant, a abandonné son agenda pour l’atteinte des 2% d’inflation. Selon Kuroda, cette modification proviendrait d’une mauvaise communication. Nous pensons que la suppression d’un calendrier irréaliste devrait lui offrir plus de liberté. Cela aura un impact limité à court terme sur le JPY. La devise reste plus tributaire de la psychologie globale et de la dynamique de l’USD. Cependant, il s’agit toujours de la devise la plus défensive en période d’aversion au risque et la moins chère du G-10.

Le GBP semble avoir atteint un top alors que les marchés réévaluent le potentiel de croissance du Royaume-Uni et la politique de la BoE. La faiblesse du PIB au T1 semble avoir enterré les espoirs du gouverneur de la BoE, Carney, en faveur de nouvelles hausses de taux cette année. Ce scénario nous semblait déjà peu probable.

Comme prévu, l’EURCHF a flirté avec le seuil historique des 1.20 et devrait consolider . La réactivité de la BNS va être scrutée. D’abord, la rhétorique pourrait devenir moins accommodante à ce niveau, même si sa mission n’est pas terminée. Un EURCHF qui poursuivrait étonnamment sa hausse permettrait de relever les taux plus tôt que prévu, et plus important encore, avant la BCE. L’épine dans le pied, à savoir la gestion du bilan, sera le grand défi de la prochaine décennie.

 

L’USD et les taux causeront davantage de dégâts aux émergents si ce mouvement ne s’arrête pas

Les semaines à venir seront déterminantes pour les devises émergentes, car l’USD et les taux US à 10 ans ont atteint des niveaux clés. Si le mouvement s’interrompt là, il peut y avoir un peu de marge de manœuvre pour les EMFX et potentiellement un léger rebond. Mais si l’appréciation de l’USD se prolonge, les EMFX souffriront.
La bonne tenue des carry trades EMFX requiert 2 environnements très différents. Les meilleures opportunités cycliques pour une large exposition aux EMFX arrivent lorsque les marchés mondiaux sont excessivement négatifs et que les actifs et les devises émergentes peuvent rebondir depuis des niveaux très bas – ce sont des opportunités rares et fantastiques. Autrement, il faut de la sérénité et une lente et régulière augmentation de l’appétit pour le risque. Pour les mois à venir, nous ne voyons pas ce scénario se matérialiser, donc les opportunités n’apparaîtront qu’en valeur relative ou une fois en cas d’excès d’aversion au risque. La patience restera de mise.

Surpondération

Neutre

  • USD, EUR, CHF, GBP
  • JPY, AUD, CAD, EMFX

Sous-pondération

 

Obligations

Des taux plus élevés mais en 2019

Au cours de 3 des 4 derniers cycles, les taux US à 10 ans ont plafonné à un niveau comparable à celui des Fed Funds (FF). En 1988, le 10 ans a atteint un sommet à 9,4%, juste en
-dessous de celui des FF. La même chose s’est produite en 2000, juste en-dessous des 7%. Et en 2007, juste avant la Grande crise financière, les deux ont culminé à 5,25%. A l’exception de 1994-1995, lorsque Greenspan a doublé les FF en toute juste un an, le top du 10 ans a dépassé celui des FF. Une telle répétition semble improbable. A cette époque, la communication de la Fed était extrêmement secrète et il existait une énorme déconnexion entre les marchés et la Fed, ce qui n’est plus le cas. La relation entre taux longs et les FF est logique, les taux longs n’étant que la moyenne pondérée des taux courts plus une prime de risque. Il faut donc considérer l’objectif terminal de la Fed comme un plafond de long terme. Donc, les taux longs sont attrayants. De plus, les rendements obligataires suivent un processus saisonnier relativement clair. Ils ont ten-
MAI 2018
dance à augmenter (en moyenne) au cours des 4 premiers mois de l’année, puis à baisser jusqu’en septembre. Enfin, le récent message du FOMC confirme qu’une réduction des anticipations de resserrement monétaire semble probable ces prochaines semaines.

 

Le principal risque à un rebond des obligations est bien sûr l’inflation

L’économie US ne surprend plus à la hausse. Le rapport d’inflation PCE était conforme aux attentes. Le Core PCE est juste en-dessous de 2%, comme quelques mois après l’élection de Trump. L’inflation des services a connu sa plus forte croissance depuis 2008, cette augmentation résulte en partie de la hausse des soins de santé, une composante liée aux politiques gouvernementales. Les services de téléphonie (Verizon) ont également soutenu l’inflation des consommateurs, mais cet effet est désormais derrière nous. Les anticipations d’inflation de la Fed, comme le PCE Trimmed Mean inflation (Fed de Dallas), restent bien en-deçà de l’objectif de 2%. Et, un rapport de la Fed de St. Louis attribue une probabilité de 70% à ce que l’inflation reste entre 1,5%-2,5% pour les 12 prochains mois. Les mesures UIG de la Fed de New York, qui n’est pas une prévision officielle, montrent que la hausse des « prix seuls » a atteint 2,29% en avril. Endehors des États-Unis, il n’y a aucune preuve que l’inflation européenne gagne du terrain. La macro décélère déjà, la croissance des prêts reste positive, mais à un niveau bas, et plus inquiétant, M3 décélère. Ainsi, si le PIB au T2 déçoit, la BCE devra retarder la sortie de son QE.

 

La même rengaine sur le crédit

Les tensions géopolitiques se sont atténuées, la rhétorique de la guerre commerciale n’a pas empiré et le volume de nouvelles émissions était plutôt faible. Par conséquent, le crédit a été globalement stable, même s’il a été légèrement plus volatil aux US. Ce ton positif peut encore durer quelques semaines, car les nouvelles émissions resteront limitées, les bénéfices resteront bien orientés et les tensions commerciales et géopolitiques se détendront. Par conséquent, le crédit peut encore bien performer, et nous ne serions pas surpris de voir les spreads se resserrer progressivement ces prochaines semaines.

 

Les émergents source de volatilité

La partie la plus à risque du spectre de crédit est le suspect habituel dans les périodes de taux et/ou d’un USD plus élevé, à savoir les obligations émergentes.

Les actifs émergents ont bondi en 2017 et ont bien résisté au cours de la 1ère phase de volatilité des marchés (février-mars), soutenus par la confiance des investisseurs dans leurs croissances économiques et les avantages d’un USD faible.
Cependant, les indicateurs avancés suggèrent que la crois-sance des exportations des EM devrait ralentir dans les mois. Ainsi, un USD et des taux plus élevés constituent une menace pour les obligations émergentes.

Cependant, elles offrent des rendements nettement plus élevés même si elles sont perçues comme plus risquées. De plus, la situation budgétaire des ces pays n’est en aucun cas comparable à celle qui prévalait en 1998, 2008 ou en-core 2013. Nous maintenons notre allocation à ce segment.

Surpondération

  • Investment Grade
  • High Yield, Hybrid/Sub
  • Emergents devises fortes

Neutre

  • US Treasury, Inflation
  • Périphérie

Sous-pondération

  • Bund Allemand
  • Emergents en monnaies locales

 

Actions

Trop tôt pour une correction majeure

A chaque baisse des indices, on craint une correction majeure. Mais les indices résistent. Attendu à +18% au début de la période de publications des résultats, la hausse des profits US devrait plutôt se situer à +23%, la plus forte progression depuis le 3ème trimestre 2010. Un bémol : on attribue 35% de la hausse à l’impact de la réforme fiscale. Ce qui est plus impressionnant c’est la hausse des revenus US avec +9%.

La phase de consolidation dans laquelle nous nous trouvons depuis mi-janvier, combinée à la hausse des profits, a eu comme conséquence une baisse des évaluations boursières. Pour le S&P 500, le PE ratio à 12 mois est passé de 20x fin 2017 à 16.7x, l’Euro Stoxx de 15.7x à 14x et le Nikkei de 20x à 16x. Le régime d’inflation basse persiste, même si l’inflation va temporairement progresser aux Etats-Unis, ce qui justifie pleinement les évaluations boursières actuelles.

On anticipe $850 milliards de rachats d’actions aux Etats-Unis en 2018 ($530 milliards en 2017). Les secteurs de la technologie et la santé sont d’importants contributeurs, avec Apple en tête. Depuis 2013, Apple a remboursé $210 milliards de capital aux actionnaires. Cette somme est supérieure à la capitalisation boursière actuelle des sociétés US, à l’exclusion des 20 plus grandes ; la société de Cupertino vient d’annoncer un rachat supplémentaire de $100 milliards et un versement du dividende de $13 milliards. Et il y a encore du potentiel, car la situation de cash net d’Apple se situe à $145 milliards, alors qu’Apple veut réduire cette balance à 0.

Les fusions/acquisitions en dollars atteignent des niveaux jamais égalés tant globalement qu’aux EtatsUnis, avec un montant total de $1’711 milliards, en comparaison des mêmes périodes les années précédentes. En moyenne, les opérations sont 63% plus élevées qu’en 2017. Les sondages montrent qu’un nombre croissant de CEOs planifient de faire des acquisitions jusqu’en 2019. Les fusions/acquisitions permettent d’accroître les revenus rapidement, mais elles se font de plus en plus dans une logique défensive pour contrer des géants comme Amazon ou Netflix. Le secteur de la Santé a été le plus actif en 2018, comptant pour plus de 17% des opérations globalement et plus de 21% aux Etats-Unis. Les opérations dans le secteur de l’Energie/Raffinage s’accélèrent comme la dernière avec l’achat d’Andeavor par Marathon Petroleum pour $36 milliards.

La fin de la baisse du dollar début février et son appréciation depuis mi-avril se sont traduites par une surperformance des indices européens et japonais. Le dollar devrait poursuivre son ascension contre l’euro. Nous passons donc en surpondération sur l’Europe et le restons sur le Japon.

Les actions suisses, en prenant un biais sur le segment des petites et moyennes sociétés (SPI Extra), restent intéressantes. Après avoir baissé contre l’euro, le franc suisse baisse contre le dollar. A 23x les profits sur 12 mois, le SPI Extra a une évaluation boursière bien plus élevée que celle du SMI à 15x ; mais ajusté de la croissance des profits (PEG ratio), elles sont semblables.

La zone émergente sous-performe

la hausse du dollar et de la volatilité, ainsi que de meilleures perspectives de l’économie US et une normalisation de la politique monétaire de la Fed, ne sont pas un bon mix pour les bourses émergentes. On observe une pression baissière sur les devises émergentes. En avril, on a observé une sortie nette des investisseurs des fonds des actions et des obligations émergentes, la 1ère fois depuis novembre 2016.

Nous restons surpondéré le secteur de l’Energie

La hausse du prix du brut est la combinaison d’une demande forte, d’une production maîtrisée entre l’Arabie saoudite et la Russie et de tensions géopolitiques. Le Venezuela a vu sa production chuter d’un tiers depuis 2016. La sortie des Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien se devrait entrainer une réduction des exportations iraniennes. Nous sommes encore dans la période de maintenance des raffineries, donc elles commandent moins de pétrole. Dès début juin, elles vont reprendre leurs achats dans un marché tendu, ce qui pourrait provoquer une hausse des prix.

Nous restons neutre sur la Technologie, car dans le cycle économique actuel, nous pensons que la Consommation discrétionnaire devrait enregistrer de meilleures performances boursières. La Technologie va rester sous la pression fiscale des gouvernements et des contraintes croissantes sur la gestion des données privées. Cependant, le taux de croissance reste solide.

Surpondération

  • Europe, Suisse, Japon
  • Petites/moyennes capitalisations
  • Value
  • Discrétionnaire, Energie, Financières, Santé

Neutre

  • US
  • Emergents, Chine
  • Grandes capitalisations
  • Croissance
  • Consommation de base, Industrie
  • Technologie, Matériaux

Sous-pondération

  • UK
  • Télécoms, Services aux collectivités

 

Investissements Alternatifs

La nouvelle politique nationaliste des Etats-Unis devrait se traduire par une forte volatilitè des matiËres premières

Il existe des doutes quant à la solidité de l’accord entre l’OPEP et la Russie sur une réduction de la production. Mais les tensions gèopolitiques au MoyenOrient et la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien ont rajouté une prime de risque gèopolitique.

La hausse du prix du pétrole est aussi liée à la prochaine cotation de Saudi Aramco, une décision stratégique majeure pour l’Arabie saoudite qui sera une source de financement de la réforme économique et sociétale élaborée par MbS. On prete à l’Arabie Saoudite un objectif de prix vers $80 le baril de Brent, voire $100, pour soutenir la valorisation d’Aramco.

Il y a un mois, les cours de l’aluminium grimpaient avec les sanctions américaines contre la Russie, et aujourdíhui le pétrole avec la sortie de l’accord international sur le nucléaire iranien. L’Iran, le Venezuela et la forte montée de tensions militaires au MoyenOrient pourraient pousser le baril au-dessus des $80.

Le CEO d’ENI s’en inquiète et percoit un risque. L’Iran exporte 2.6 millions de barils/jour, principalement vers la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, et un retour des sanctions pourrait se traduire par une perte de 1 million de barils/jour, à moins que l’Iran et ses clients décident d’adopter l’euro ou le yuan comme devises de paiement. La demande mondiale augmente de 1.6-1.7 million de barils/jour. L’Arabie saoudite a signalé qu’elle pourrait (un peu) compenser un choc sur l’offre.

Il est difficile de prédire l’évolution du cours de pétrole, car les données fondamentales sont dominées par la (géo) politique. Pour les négociants en matières premières, un tel manque de visibilité ne s’était plus vu depuis les années 1980.

Quatre des cinq dernières récessions US – 1973, 1980, 1990, 2008 – étaient précédées d’une forte hausse des prix du pétrole. Il pourrait en etre différemment aujourdíhui, car les Etats-Unis sont devenus le 3ème producteur mondial de pétrole et l’effet négatif sur la consommation des ménages US (hausse des prix de l’essence) est compensé par la hausse 1) des investissements (emplois, production, pipelines, transports trains/camions), en particulier dans les Etats de schiste – New Mexico, North Dakota, Oklahoma et Texas, et 2) des exportations de pétrole.

De nombreux analystes reconnus prévoient un cours du pétrole stable à haussier, autour des $80 le baril de Brent, en 2018. Nous ne croyons pas que les producteurs laisseront les cours s’envoler vers les $100 au risque de déclencher un fort ralentissement économique, selon une analyse du FMI. Puis, courant 2019, un recul vers les $60 en raison d’une hausse de l’offre américaine, brésilienne et canadienne principalement. La cotation d’Aramco sera également une source de détente sur les prix.

Surpondération

  • Métaux industriels

Neutre

  • Métaux précieux
  • Energie
  • Immobilier
  • Hedge Funds

Sous-pondération

 

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JUIN 2018

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